La Marseillaise 9/12/2012

Silence assourdissant à l'issue de la représentation du Sas de Michel Azama, le 1er décembre à St Jean du Pin : malaise moral à cause de la sympathie éprouvée pour une meurtrière et le récit de son incarcération ; plaisir esthé¬tique trouble procuré par un texte dense, subtil et convaincant.
Attrait/répulsion face à cette femme qui, à la veille de sa sortie de prison, gueule/murmure un calvaire de 16 ans : on la plaint sans l'approuver. Réprobation/ indulgence vis-à-vis de ses compagnes de tôle, débiles victimes ou salopes immorales, humiliées par l'institution. Confronté au déroulement de leurs vies/morts, on est tout au long du « spectacle » (s'évertuant à ne pas se laisser aller à une sorte de voyeurisme), rejeté d'une attitude à son contraire : la  raison freine la compassion. Art de l'oxymore chez Azama? Peut-être, mais son opposition des contraires est loin d'un jeu cérébral : son texte résulte d'entretiens réalisés avec des prisonnières à la prison de femmes de Rennes dans les années 80 ; récit vrai : les histoires relatées ont été vécues ; cette vérité donnée en spectacle provoque : applaudir le malheur? Jouir de l'expression du désespoir et de l'angoisse?
Le metteur en scène, Richard Lakatos, a choisi de confier la scène à une seule interprète: compagnes de cellule, matonnes, directrice ; Corianne Mardirossian mène avec brio ce magnifique monologue, passant avec une grande clarté d'un rôle à l'autre. L'impression de contradiction dialectique,  de réunion des contraires est renforcée par son jeu : ce qui est relaté, elle l'assume, sans restriction ni distanciation, dans ses intonations comme dans son corps jusqu'aux tripes (dixit elle-même)... et en même temps elle le joue (éternel paradoxe du comédien) car il ne peut s'agir d'un discours apologétique.
On ne sort pas indemne de la représentation : partagé entre compassion et froid jugement, refusant l'apitoiement sur ces auteurs d'homicides ou d'infanticides et scandalisé par leurs conditions de détention, confronté à la contradiction entre destinée individuelle et justice légale. Le sas, retour à la tragédie antique
Louis EZ

ZONE LIBRE 18/02/2013

http://assoc-spectacles-loire-zone-libre.blogspot.fr/2013/02/16-fevrier-2013-theatre.html
SAINT-GERMAIN-LAVAL association pour la promotion de concerts, pièces de théâtre, one man show, contes, conférences, expositions,...

16 février 2013 THEATRE "LE SAS"
Des tranches de vies cabossées...
...d'où suinte...
...une touchante humanité

Etait-ce l'intérêt manifesté pour le thème de la soirée - les femmes en prison- ou la perspective de voir mis en scène le très beau texte de Michel AZAMA, construit à partir de témoignages de détenues? Toujours est-il que, ce 16 février, l'ancienne chapelle de la Madeleine a fait salle comble!

Et les applaudissements nourris et chaleureux n'ont, à l'issue du spectacle, pas manqué pour saluer la très belle prestation de Corianne MARDIROSSIAN, admirable de justesse dans l'interprétation de cette pièce d'une grande sensibilité. Elle y rend parfaitement palpable l'humanité d'un monde où l'angoisse cotoie l'humour, la cruauté la poésie, la folie le renoncement. Son jeu, tout en nuances, confère à ces femmes enfermées une dignité qui, par delà les cris de détresse, d'abattement ou de révolte, nous les rend terriblement humaines et tellement proches.

Cette proximité se renforce encore du parti pris de l'auteur qui a choisi de situer le fil rouge de son récit la veille de la libération d'une détenue. Ainsi, ces tranches de vies cabossées débouchent-elles sur l'incertitude du dehors; une approche existencielle qui bouleverse et nous interpelle tous, quel que soit le côté du mur où nous sommes. Un grand merci à Corianne et plus largement à la compagnie Ololo qui portent avec respect, talent et conviction l'histoire de ces femmes blessées.

Publié par ZONE LIBRE 


La montagne Saussol Lauriane 16/02/2013

Le sas, de Michel Azama, au théâtre des Trots raisins
La démesure d'une ultime nuit
Seize années de réclusion et une ultime nuit qui décompte heures jusqu'à l'aube d'une liberté incertaine : Le sas est une pièce dont vous ne sortirez pas indemnes
Le théâtre des Trois-Raisins vous propose de partager l'intimité percutante de la pièce intitulée le SAS, de Michel Azama, mise en scène par Richard Lakatos.
Eclairant de son jeu sensible la dernière nuit d'une " sortante ", Corianne Mardirossian délivre la criante réalité d'une humanité captive dans les murs d'une cellule où se répercutent les mots vibrants évadés d'un monologue saccadé et de dialogues fictifs.
Lézarder un monde interdit
Une voix qui crève le trou noir et déroule le fil teint des espoirs et des peines d'une détenue. Une femme anonyme, dont on ne sait presque rien, ni comment, ni pourquoi, elle a tué le père de ses enfants.
Sans jugement ni procès" Le sas de Michel Azama lézarde l'enceinte d'un monde interdit, enfermé en dehors des regards,
L'auteur s'inspire et puise dans la puissance des témoignages de douze femmes rencontrées lors d'ateliers d'écriture qu'if animait à la prison de Rennes dans les années 80. De ces lambeaux de vie déchirés par des conditions de détention extrêmes, raccommodés parfois par les amitiés tissées, le dramaturge pare son œuvre et l'incruste d'une poésie sertie de rires, de larmes d'humour et de folie.
Corianne Mardirossian  prête à cette femme la justesse et la conviction de ses intonations ainsi que l'expressivité de son corps habité,
" Ce texte est riche. Il reflète très bien la misère en prison. Il est merveilleux à jouer " confíe l'actrice. On la croit tant elle met de fougue à camper ce personnage captivant à l'humanité à fleur de peau.
La pièce, servie par une mise en scène inspirée de la réalité pénitentiaire, ouvre la cellule de ces cœurs incarcérés et rompt leur solitude. Sans fard, les mots frappent et éclairent au-delà des apparences. Des représentations qui promettent de ne pas vous laisser indemnes